Lettre pastorale de Mgr Jacques Blaquart pour la rentrée 2022

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"Que vous viviez dans l'Amour" (2 Jn 6)


Découvrez la Lettre pastorale de Mgr Jacques Blaquart, évêque d'Orléans

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« Que vous viviez dans l’amour » (2 Jn 6)


Lettre à tous les chrétiens en responsabilité dans le diocèse d’Orléans


Chers frères et sœurs en Jésus,

Le meilleur souhait que je puisse vous adresser en ce début d’année 2022-2023, c’est d’aimer selon le cœur de Dieu, d’un amour qui se donne à l’exemple du Christ Jésus, mort et ressuscité pour tous les hommes. Je vous invite à relire le chapitre 13 de la première lettre de St Paul aux Corinthiens, versets 1 à 13, (traditionnellement nommé « l’hymne à l’amour » : Caritas en latin, Agapê en grec) et à le méditer ensemble, dans vos paroisses, aumôneries, écoles, équipes pastorales, services et mouvements, en famille, entre prêtres, diacres, communautés religieuses…


Comment je reçois ce texte ? A quoi m’appelle-t-il concrètement ?


Au verset 2, nous lisons : « S’il me manque l’amour, je ne suis rien ». Sainte Thérèse commente : « J’ai compris que sans l’amour, toutes les œuvres ne sont que néant, même les plus éclatantes comme de ressusciter les morts ou convertir les peuples. » (Manuscrits Autobiographiques, folio 81 Verso), et Benoit XVI écrit : « La charité n’est pas pour l’Église une sorte d’activité d’assistance sociale qu’on pourrait laisser à d’autres, mais elle appartient à sa nature-même. » (Encyclique Dieu est Amour (DCE §25))

En vivant l’amour selon l’Évangile, nous sommes sûrs d’être disciples de Jésus-Christ.


L’amour est un don à accueillir (1Co. 12, 31)


Nous nous épuisons lorsque nous négligeons de recevoir l’amour comme un don de Dieu. On ne peut aller au large que si on va aux sources. (« Aux sources, au large », Lettre pastorale de Mgr Daucourt, 2001) .On a beau faire des projets pastoraux, sans amour ça ne marche pas.

La société est devenue rude, beaucoup de relations deviennent tendues, difficiles. Tous ceux qui ont des responsabilités souffrent, que ce soit dans l’Eglise ou au-dehors : difficultés à trouver du monde pour aider, difficultés à motiver les gens, difficultés devant la complexité des tâches à accomplir. La Covid a entrainé le repli de bien des personnes. Difficultés aussi à accepter le deuil de nos rêves pastoraux : nous faisons l’expérience de nos fragilités et de notre péché, comme l’a montré le rapport de la CIASE (Commission Indépendante sur les Abus Sexuels dans l’Eglise). Devant ces difficultés, nous pouvons nous décourager et dire comme Saint Paul : « Nous voyons actuellement de manière confuse » (1Co. 13, 12), avec deux tentations pour nous : soit d’être dans la nostalgie du passé, soit de vouloir le changement pour le changement.

Le vrai chemin, c’est la disponibilité à l’Esprit, à la volonté de Dieu ! Pour vivre cela, prenons-en les moyens, « repartons du Christ » (Jean-Paul II, Exhortation « Au début du nouveau millénaire », chap. 3), nourrissons-nous de sa Vie, notamment dans l’Eucharistie, la prière personnelle et communautaire, la formation… Heureux ceux qui se rassemblent pour louer, célébrer et adorer ! Heureux les chrétiens qui, comme le Christ, savent se retirer régulièrement pour prier ! (Cf Lettre pastorale de 2011 : « Enracinés en Christ et fraternels », partie 2) Heureux ceux qui prennent le temps de se former avec d’autres pour être les disciples missionnaires que le Christ attend de nous aujourd’hui (Voir propositions diocésaines de Formation, (parcours Cléophas, etc…))!

« Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te parle, dit Jésus à la Samaritaine, c’est toi qui l’aurais prié et Il t’aurait donné de l’eau vive. » (Jn 4, 10). L’eau vive, c’est l’Esprit Saint, l’Amour même de Dieu. La tâche pastorale est difficile pour beaucoup, j’en ai bien conscience. Il convient d’autant plus d’écouter Jésus nous interpeller : « Sans moi vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 5)


Quels moyens pouvons-nous prendre, personnellement et communautairement, pour accueillir l’Esprit Saint, le don de l’Amour de Dieu ? A quelle conversion sommes-nous appelés ?


L’amour est un don de Dieu à vivre


Vivre l’amour de Dieu dans une communion avec les plus vulnérables, comme Jésus


« Cet homme fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux » récriminent les Pharisiens contre Jésus (Luc 15, 2). Pris par les observances religieuses, ils ont oublié le commandement de l’amour. Que d’énergie perdue quand l’Église ne vit plus l’Évangile, quand elle est centrée sur elle-même !

Dieu, lui, est toujours en sortie de lui-même. Il dit à Moïse : « J’ai vu la misère de mon peuple… Va, je t’envoie. » (Ex. 3, 7-10) Jésus, par son lien avec les êtres marginalisés de son temps (les publicains, les femmes, les lépreux, les païens, les étrangers, les malades …), scelle son destin et consent à endurer l’hostilité, le rejet, et la mort, avant que sa résurrection ne marque le triomphe de l’Amour.

Jésus n’est qu’Amour, et Il nous dit de nous faire les prochains de tout être tombé, dépouillé, à moitié mort, comme l’a fait le bon Samaritain. « Va, et toi aussi, fais de même ! » (Luc 10, 29-37)

L’Église n’est jamais autant elle-même que lorsque les pauvres s’y sentent chez eux. (Cf Orientations 2 et 3 du synode diocésain et Pape François, La Joie de l’Évangile, §199) Des personnes en précarité dans notre diocèse témoignent : « quand on est seul, on fait un cœur à cœur avec le Seigneur. Quand on est ensemble, on fait communion, (….) Il faut savoir accueillir, manger ensemble, vivre ensemble. » Préparation du synode Mondial sur la synodalité, groupe diocésain du Secours Catholique)


Comment, personnellement et ensemble, entendons-nous cet appel à ce que les personnes en souffrance et vulnérables soient au centre de tous nos projets pastoraux ?


Vivre l’amour de Dieu dans une communion avec la création


Comment faire comprendre, que ce soit aux défenseurs de la vie et de la famille, comme aux défenseurs de l’environnement ou de la justice sociale que, dans la sauvegarde de la création « tout est lié » (Dix occurrences dans Laudato Si !)? Le Pape François a donné à l’humanité un texte remarquable, Laudato Si. Il y a urgence à le mettre en œuvre concrètement dans nos vies et dans notre diocèse. Nous, chrétiens, devrions être exemplaires : incendies, canicules, inondations meurtrières, circulation des virus, inégalités croissantes, déconstruction des fondements de la famille, etc… tout cela devrait nous interroger : notre manière de vivre est-elle respectueuse de la création confiée par Dieu ? Si nous ne faisons rien, la Terre et nos sociétés deviendront invivables pour une grande part de l’humanité, et en premier lieu les plus faibles. Nous sommes redevables aux jeunes générations. Parfois elles nous précédent et nous poussent à la prise de conscience d’une nécessaire sobriété et à un engagement résolu sur ces questions de vie et de mort. Elles sont en droit d’attendre de leurs ainés des actions fortes, individuelles et collectives.


Que chaque paroisse et chaque groupe de chrétiens se saisisse de la question : concrètement, qu’allons-nous mettre en œuvre localement pour vivre une conversion écologique (Dans le sens d’écologie intégrale, voulu par le Pape François) et respecter la création que Dieu nous a confiée ?


Vivre l’amour de Dieu dans des lieux de rencontre fraternels et une synodalité renouvelée


  • Pour préparer le synode romain convoqué par le Pape François pour octobre 2023, et comme beaucoup de chrétiens sur les cinq continents, une centaine de groupes se sont réunis dans le diocèse pour réfléchir sur la synodalité, c’est-à-dire « comment cheminer mieux ensemble, comment renforcer toujours davantage les synergies dans tous les domaines de la mission. » (Discours de François pour le 50è anniversaire de l’institution du Synode, 2015) Seul, on va plus vite, mais ensemble on va plus loin. Je vous invite à relire le rapport de synthèse de notre diocèse et à réfléchir ensemble comment déjà mettre en œuvre quelques points concrets.
  • Par ailleurs, le 26 Novembre prochain, nous allons échanger ensemble sur les « petites fraternités missionnaires », une des cinq orientations de notre synode diocésain. L’isolement, la solitude, le manque de relations de proximité, l’excès de liens virtuels où l’écran fait écran, sont les grands maux de notre société.

Faisons l’inventaire des lieux fraternels sur notre paroisse et dans notre vie sociale, et cherchons comment les développer et ouvrir des espaces de fraternité.

Comment mettre en œuvre quelques points concrets de notre rapport de synthèse pour le synode romain ? Comment, dans l’Église, vivre toujours mieux la fraternité entre prêtres, laïcs et diacres dans le respect, la bienveillance et une vraie co-responsabilité ?


Vivre l’amour de Dieu dans la mission


L’amour fait signe : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a envoyé son Fils.» (Jn 3, 16). Et nous, est-ce que nous aimons ce monde ? L’Église n’est jamais autant elle-même que quand elle aime à la manière du Christ. Les projets pastoraux, même les plus éclatants ne sont rien sans l’amour. Encourageons-nous dans la bonté, le pardon réciproque et la marche ensemble, en étant solidaires du genre humain. Pas d’amour sans projet et action missionnaire concrète : « Conseils et synodes visent non l’organisation mais la mission » (François, La Joie de l’Évangile § 25-33).

La mission, c’est sortir de l’entre soi, aller vers les périphéries existentielles, là où réside le mystère du péché, de la douleur, des injustices. Rappelons-nous que le premier témoignage des chrétiens, c’est l’amour entre eux. Pourquoi tant de disputes entre nous, parfois ? Parce que nous ne sommes pas assez ouverts aux autres, pas assez convertis à l’Évangile ! La synodalité, c’est le contraire de l’exclusion : on cherche, on débat et on décide ensemble, dans l’amour et la communion selon le cœur de Jésus. Que de l’extérieur, on puisse dire : « Voyez comme ils s’aiment ! » Jésus le déclare très nettement : « On vous reconnaitra pour mes disciples à la manière dont vous vous aimez les uns les autres. » (Jn 13, 35)


Que chaque groupe, chaque paroisse, écrive son projet missionnaire : comment être une Église en sortie d’elle-même, une Église inclusive, résolument ouverte aux besoins des jeunes générations, des nouveaux baptisés, des étrangers, des personnes blessées par la vie et par l’Église ? Ouverte aussi à ceux qui sont d’une autre confession chrétienne, d’une autre religion, ou sans religion ?


Chers frères et sœurs, le Christ est descendu, il s’est fait pauvre et serviteur par amour, jusqu’à tout donner en mourant sur la croix pour nous. Il n’y a pas d’autre chemin pour nous que celui de cet amour-là pour suivre Jésus dans sa Résurrection, pour vivre en chrétiens.

Aimer comme Jésus, c’est difficile. Pierre, le chef des apôtres en a fait la douloureuse expérience (Mt 26, 75). Nous-mêmes aujourd’hui, nous nous croyions forts et nous nous découvrons fragiles, faibles, bien imparfaits. Alors que faire ? Nous décourager ? Ou demander au Seigneur son propre Amour, l’Esprit Saint, le premier acteur de la vie de l’Église. Demandons-le à Dieu notre Père, au nom de Jésus. Il ne nous le refusera pas. A nous d’être persévérants dans cette prière. Faisons-la ensemble, chaque fois que c’est possible, en famille, en petite fraternité, en communauté, dans toutes nos rencontres.

À ses apôtres déboussolés de son départ, Jésus disait : « je vous enverrai l’Esprit Saint. » (Jn 15, 26) L’Esprit a agi puissamment dans l’histoire il veut agir encore aujourd’hui en nous, dans son Église, dans notre diocèse d’Orléans. Notre monde est en attente d’espérance, à nous d’y être porteurs ensemble de l’Amour de Dieu.


En la fête de la Croix Glorieuse,
14 septembre 2022
Jacques Blaquart
+ Évêque d’Orléans pour le Loiret



14 / 10 / 2022

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